28.02.2020

Sortie de « The Dawn » : nouvel album d’Irma

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The Dawn. « L’Aube ». L’heure de la renaissance est venue pour Irma, 31 ans, née à Douala et Parisienne d’adoption, chanteuse et citoyenne du monde tel qu’il est aujourd’hui… mais aussi tel qu’on le rêverait.

On l’a découverte au tout début des années 2000 grâce à un label qui bouleversait alors la donne de l’industrie de la musique, My Major Company. Dans la foulée, Google avait choisi son morceau « I Know » pour sa campagne publicitaire. De quoi cartonner, et ça a été le cas. De quoi se poser des questions, également…

Revenons aux sources d’Irma Pany, au Cameroun. Ses parents sont des scientifiques mélomanes. Irma grandit en écoutant Ella Fitzgerald, Otis Redding, Bill Withers, Sarah Vaughan, Miles Davis, la musique traditionnelle camerounaise et des artistes comme Richard Bona… La pauvreté, la précarité, elle la voit et la ressent fort, tout comme elle comprend que le continent africain soit sous représenté dans le monde. « Très tôt, j’ai eu l’impression qu’en vivant à Douala, je faisais partie de ce ceux qu’on ne voyait pas. » La musique lui sert d’exutoire. A 7 ans, elle commence le solfège et le piano avec une professeure russe très rigoureuse. A 11 ans, elle pique la guitare de son père et se lance dans l’écriture de chansons, tous les jours, compulsivement.

A 15 ans, Irma débarque à Paris avec ses sœurs, dont sa jumelle, et se retrouve dans un lycée privé, strict et religieux. La violence du choc thermique et social développe son refus de courber l’échine. Le bac, elle le décroche avec mention Très Bien, enchaîne une prépa et une prestigieuse école de commerce – par respect pour l’investissement de ses parents, pour son propre désir d’obtenir un diplôme. Mais Irma est obsédée par la musique. En 2008, ses vidéos postées sur Youtube sont remarquées par My Major Company. On connait la suite, l’engouement général, le premier album, Letter to the World (2011) couronné par le public comme par la critique. Trois ans plus tard, elle enregistre Faces. Mais quelque chose ne tourne pas rond : « Je sens un manque de liberté : ne pas faire ce dont j’avais envie, ne pas travailler avec qui je veux, respecter des délais qui ne me conviennent pas… » S’ensuit une période de doutes, tant artistiques qu’existentiels.

C’est à Lyon, où elle s’exile pendant deux ans, qu’Irma reprend pied. Entourée d’instruments, elle écrit, compose, apprend à mixer et produire ses propres morceaux, redécouvre sa voix lors de cours de chants. Elle devient « artiste-entrepreneur », constituant sa propre équipe de collaborateurs. « Jusqu’ici, je ne m’étais jamais trouvée dans les codes de la féminité, on me traitait de garçon manqué car je voulais être forte et ambitieuse. J’ai enfin réalisé que c’était une qualité et non un défaut, qu’il y avait autant de beautés possibles que d’intelligence. »

Cette pluralité s’impose dès la première écoute du troisième album d’Irma, The Dawn. Mixé à Londres par Rhys Downing (Mark Ronson, Brett Anderson, Hollysiz…), il a été produit par la chanteuse, qui y réunit tout ce qu’elle aime, usant de synthétiseurs, boîtes à rythmes, guitare acoustique. On y entend du R’n’B, de la pop, du blues du folk, de la soul. Un méli-mélo qu’elle qualifie d’« afropop », où dialoguent plusieurs continents et moult influences, de Lauryn Hill à James Blake via Michael Jackson. Entre le dancefloor partagé en bande (« Golden Glow », « Dusk to Dawn ») ou la mélancolie intime dévoilée (« Eye on you », « Will I ever »), The Dawn affirme la personnalité d’une artiste qui a décidé de s’affirmer telle qu’elle était, en pleine mutation. Une femme puissante naît devant nous, elle s’appelle Irma et on ne va plus pouvoir se passer d’elle.




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